Voyage à Tintarabine

Je vous partage ici ma dernière composition poétique de terrain, ainsi que l’intérêt de cette démarche. Comme dit dans un précédent billet, la poésie présente un intérêt en tant qu’acte narratif donnant accès à un imaginaire à une période donnée. La démarche esthétique au poème est associé à une volonté de concentrer le vécu en quelques mots, de libérer des souvenirs et émotions qui peuvent s’ancrer dans une trajectoire biographique individuelle ou témoigner de réalités communautaires, notamment via la nostalgie, un trauma vécu ou une espérance.

L’ethnopoétique est une catégorie/champ d’études assez large, lieu de rencontres entre poésie et anthropologie. La démarche défendue, ici, par ces premiers pas, témoignés aussi à travers les autres poèmes qui se trouvent sur ce blogue est qu’elle permet de synthétiser, de cristaller des situations vécues pour l’ethnologue sur le terrain. Le fil peut se dérouler à partir de là, comme des notes télégraphiques sur un cahier de terrain, sauf que la poésie est peut-être plus soucieuse de l’expérience vécue ou, plus en dialogue, avec les émotions. Elle ne se substitue pas aux notes de terrain mais en constitue un heureux complément car elle permet de multiplier les pistes d’entendement, et même créer pour le lectorat potentiel, une envie : celle de comprendre les réalités associées à chaque élément raconté.

Ici, un poème que j’ai composé pour raconter mon déplacement de Tamanrasset à Tintarabine, dans le Hoggar.

Voyage à Tintarabine

Je me suis levé pour me rendre à Tintarabine,

Sur le chemin, le pays des Adjuh n Tahlé,

J’ai vu Taddaden, Indalak et Tahifet,

Et, avec les amis, me suis restauré autour d’une tagala.

La route, après, ne m’a plus lâché,

Elle alternait entre les monts rocailleux,

Secs et rebelles comme un premier thé,

Et la douceur des pistes sableuses,

Que j’attendais avec impatience comme un deuxième thé.

Pas de troisième pour moi, car après encore les rochers.

Chouf, dans le pick-up, je me voyais comme sur la rahla d’un chameau,

Brahim, espiègle, m’a dit : « La route est un tapis »,

«- Un tapis, en tout cas, où je ne veux pas m’assoir ».

Je suis sur la route de Tintarabine,

Trop de chercheurs d’or à la conduite imprudente,

Réparent leurs voitures sur le chemin.

On en a croisé des voitures : Kech Khbar ?, demandent-ils,

Et enfin, j’ai dormi au pays des Aït Lawayen,

Wallah, une de mes plus belles nuits sous le ciel du Hoggar.

Adib Bencherif, Hoggar, 11/02/2025

À la recherche de l’ombre près de Tintarabine, 2024-2025. Crédits : Adib Bencherif.